L’histoire des sœurs Polgar

L’histoire des sœurs Polgar, Susan (Zsuzsa), Sofia (Zsófia) et Judit est assez particulière.

Tout commence en Hongrie dans les années 1960…

Laszlo Polgar, un enseignant pas comme les autres

Laszlo Polgar, enseignant et psychologue hongrois né en 1946, était persuadé qu’on ne naît pas génie, mais qu’on le devient :

Un génie ne naît pas tel quel, mais il est éduqué et formé… Quand un enfant naît en bonne santé, c’est un génie potentiel. Tous les enfants ont un potentiel extraordinaire, et c’est à la société d’en faire des génies. Le problème est que certaines personnes, pour une raison qui m’échappe, n’y croient pas. Ils semblent penser que l’excellence est toujours réservée aux autres. »

Laszlo Polgar

Il s’attira les foudres des autorités hongroises, qui considéraient que ses idées étaient complètement absurdes. On lui conseilla même de voir un psychiatre pour « arrêter de délirer ».

Mais étant profondément convaincu de ses idées, il décida de prouver cette théorie. Il lui paraissait évident que la meilleure façon de le faire était de l’expérimenter sur ses propres enfants.

Il commença donc à échanger par courrier avec quelques femmes, dans l’espoir d’en trouver une qui accepterait de l’épouser pour mener cette expérience. C’est ainsi qu’il rencontra Klara Alberger, une jeune enseignante Ukrainienne. Même si elle le pensait un peu fou au départ, il réussit à la convaincre et elle accepta de l’épouser. Ils se marièrent en 1967.

Le choix du jeu d’échecs

Klara donna naissance à Susan en 1969.

Après avoir longtemps réfléchi au domaine dans lequel il voulait mener son expérience, Laszlo jeta son dévolu sur les échecs. Des domaines comme l’art ou la littérature étant subjectifs, la performance pure y est difficile à mesurer. Aux échecs, il est pratiquement impossible de perdre contre quelqu’un de moins bon que soi.

Jeu d’échecs en métal, disponible sur le site Le Palais Des Échecs

Laszlo décida de scolariser Susan à domicile et lui enseigna tout ce qu’il savait sur les échecs, avant même qu’elle ait 4 ans. Étant un très bon pédagogue, il réussit à rendre la petite Susan complètement accro.

Alors qu’elle était âgée de 5 ans, il l’inscrit au Championnat de Budapest (catégorie filles – moins de 11 ans). Elle était de loin la plus jeune du tournoi.

Susan remporta cette compétition sans perdre une seule partie.

L’histoire des sœurs Polgar ne faisait que commencer…

Klara donna ensuite naissance à Sofia en 1974 et à Judit en 1976. Les 2 petites filles, voyant leur sœur aînée s’entraîner avec leur père, devinrent très vite fascinées par les échecs. Laszlo profita de cet engouement pour les entraîner également, de manière intensive mais sans jamais les forcer à jouer.

Scolarisées à leur domicile, surnommé « le Temple des échecs », afin que Laszlo puisse optimiser leur apprentissage, elles avaient toutes les 3 accumulé des milliers d’heures d’entraînement à leur adolescence.

Le palmarès des sœurs Polgar

Susan
  • À 12 ans, championne du monde des moins de 16 ans.
  • À 15 ans, elle devient la 1ère joueuse féminine mondiale.
  • Grand Maître à 21 ans : 1ère femme à atteindre ce rang, le plus haut titre possible pour un joueur d’échecs.
  • Elle a remporté les championnats du monde féminins 4 fois et 5 Olympiades.

Susan est aujourd’hui Head Coach de l’équipe masculine de l’Université de Webster (USA). Cette équipe a gagné 61 titres nationaux depuis 2012.

Sofia
  • Championne du monde des moins de 14 ans.
  • À 14 ans, lors d’un tournoi international mixte à Rome, elle enchaîna 8 victoires contre les meilleurs Grands Maîtres de l’époque. Cette performance a été notée 5ème meilleure performance de l’histoire des échecs.
  • À 20 ans, elle finit 2ème du championnat du monde d’échecs junior.

Sofia n’était pas autant impliquée que ses 2 sœurs, mais elle fut quand même classée 6ème meilleure joueuse mondiale et Maître International durant sa carrière. Assez jeune (autour de ses 25 ans), elle quitta la compétition pour poursuivre ses études en peinture et en design d’intérieur.

Judit
  • Grand Maitre à 15 ans : plus jeune Grand Maître de l’histoire à l’époque (hommes et femmes confondus).
  • Durant sa carrière, elle a pratiquement battu tous les meilleurs joueurs (À 26 ans, elle est la 1ère femme à battre Garry Kasparov, meilleur joueur mondial).
  • Seule femme à avoir fait partie du Top 10 mondial (8ème). Elle avait alors 27 ans.
  • Elle a dominé le classement féminin mondial pendant 26 ans.

Judit se retire de la compétition à 38 ans (2014). Elle est considérée à ce jour comme la meilleure joueuse d’échecs de l’Histoire. Les détails de son palmarès sont disponibles sur son site web.

Note: les palmarès évoqués ci-dessus ne sont que des extraits. Elles ont gagné tellement de tournois prestigieux, en individuel comme en équipe, qu’il m’était impossible de tout lister 🙂 .

4 leçons importantes à tirer de cette histoire

1 – Le travail est essentiel à la réussite

Les sœurs Polgar ont bouleversé l’histoire des échecs. On les qualifie souvent de « génies » ou de « prodiges ». Mais peu se rendent compte du temps énorme qu’elles ont passé à apprendre et à s’entraîner. Le succès est souvent la partie émergée de l’iceberg.

Sofia, la moins performante des 3, a reconnu qu’elle ne s’entraînait pas aussi dur que ses sœurs (surtout Judit).

Mon père pense que le talent inné n’est rien et que le succès est, à 99%, la résultante d’un travail acharné. Je suis d’accord avec lui.

Susan Polgar

Travaillez en silence, et laissez votre succès faire du bruit !

2 – Il faut aimer ce qu’on fait pour exceller

Les 3 sœurs ont beaucoup aimé leur enfance, même si elle était « différente ». Il y a même une anecdote selon laquelle Laszlo trouva Sofia dans la salle de bain, la nuit, avec un échiquier sur les genoux. Après lui avoir demandé de « laisser les pièces tranquilles », elle lui répondit : « Papa, ce sont elles qui ne me laissent pas tranquille ! « 

Les pièces d’échecs étaient comme des jouets pour moi !

Susan Polgar

Judit mentionna lors d’une conférence (en 2016) qu’elle était infiniment reconnaissante à son père de lui avoir enseigné les échecs si jeune.

Il est quasiment impossible d’exceller dans quoi que ce soit si on n’apprécie pas un minimum ce qu’on fait. Cela nous permet de ne jamais abandonner, malgré les obstacles.

Il est indispensable d’aimer le voyage tout autant que la destination.

3 – L’environnement est un facteur déterminant

Judit, la plus jeune a grandi en baignant dans l’excellence de ses sœurs. Tout comme Susan a grandi dans l’environnement d’apprentissage exceptionnel mis en place par son père.

Entourez-vous de personnes qui partagent la même vision et les mêmes ambitions que vous. Cela créera de l’émulation au sein de votre groupe, et chacun se tirera vers le haut.

4 – Un bon coach peut changer votre vie

Les 3 sœurs n’auraient probablement pas autant brillé aux échecs sans l’engagement et les compétences pédagogiques exceptionnelles de leur père.

Quelque soit le domaine dans lequel vous voulez progresser, assurez-vous d’avoir un bon coach. Cela augmentera significativement vos chances de réussite.

Et comme le père Polgar l’a clairement démontré, on peut être un joueur moyen et un excellent coach. Pour un coach, les connaissances et la pédagogie sont plus importantes que le palmarès en tant que joueur ou athlète. Ne vous fiez pas aux apparences !

Les sœurs Polgar et leurs parents, Laszlo et Klara (Source)

Pour en savoir plus :

Alors, que vous inspire l’histoire des sœurs Polgar ? L’expérience de Laszlo est-elle un succès ?

À très bientôt sur le blog !

Retour en haut