Réseaux sociaux : quels impacts sur nous ?

Les réseaux sociaux font aujourd’hui partie intégrante de nos vies. Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter, Tiktok et autres sont devenus pratiquement incontournables pour une bonne partie de la population mondiale.

Quelques données, provenant du site Visionary Marketing :

  • Le temps que les gens passent quotidiennement sur les réseaux sociaux n’a cessé d’augmenter au cours des cinq dernières années.
  • En 2020, on estime qu’une personne passe en moyenne 2 heures par jour sur les réseaux sociaux.
  • D’ici 2021, plus de 3 milliards de personnes devraient être sur les médias sociaux, soit près de 40 % de la population mondiale prévue cette année-là.

Ça en fait du monde !

Avant d’aller plus loin, j’aimerais clarifier un point d’entrée de jeu. Je ne suis pas anti réseaux sociaux (ce serait le comble venant d’un blogueur 🙂 ).

Je trouve que ce sont de formidables outils pour rester en contact avec nos proches, qui vivent parfois très loin de nous, s’informer ou encore apprendre de nouvelles choses (e.g. jouer d’un instrument de musique grâce à des tutoriels Youtube).

J’ai moi-même appris (et continue d’apprendre) énormément de choses sur la musculation via Youtube, Facebook ou Instagram.

Et puis bon, soyons honnêtes… Les mèmes, c’est la vie !

The best 2020 memes :) Memedroid
Ce mème m’a bien fait rire pendant le confinement !

Cependant, les réseaux sociaux peuvent également avoir un impact très néfaste sur nous.

A – Les effets sur notre cerveau

1 – Dopamine et addiction

La dopamine est un neurotransmetteur, c’est-à-dire une substance chimique libérée par les neurones. Cette molécule joue un rôle clé dans notre comportement, car c’est elle qui nous conduit à réaliser les actions qui nous procurent du plaisir, en agissant sur le circuit de récompense de notre cerveau.

Elle est également appelée « l’hormone de la motivation » ou « du plaisir« .

Formule chimique de la dopamine et représentation de l'effet de la dopamine sur le cerveau.
La dopamine, hormone de la motivation, du plaisir et de l’addiction.

Le terme « hormone du plaisir », largement utilisé, peut cependant prêter à confusion.

En 1993, une expérience menée à l’Université de Fribourg (Suisse) sur des singes, a mis en lumière un phénomène intéressant.

Les singes devaient activer un levier (action) suite à un signal lumineux (signal). Une fois cette action effectuée, les chercheurs donnaient à ces singes du jus de pomme (récompense).

La toute première fois, Il y a eu une sécrétion de dopamine après avoir obtenu le jus de pomme. On peut schématiser cette phase de l’expérience par le graphique ci-dessous :

Sécrétion de dopamine après une récompense inattendue.

Cependant, dès que les singes ont été habitués à recevoir la récompense, l’expérience a montré que la sécrétion de dopamine se faisait non plus après avoir reçu le jus de pomme, mais dès que le signal lumineux était actif.

Sécrétion de dopamine en vue d’une récompense certaine.

L’expérience ne s’est pas arrêtée là.

Selon vous, que se passe-t-il si les singes reçoivent la récompense de façon aléatoire, après avoir activé le levier ?

Les résultats sont sans appel. La sécrétion de dopamine est beaucoup plus forte dans ce cas de figure.

Sécrétion de dopamine en vue d’une potentielle récompense.

Voici donc la conclusion de cette expérience :

En réalité, la dopamine n’est pas responsable du plaisir ressenti lorsqu’on réalise une action, mais plutôt de l’envie de réaliser cette action en vue d’une potentielle récompense (typiquement le cas des jeux d’argent, qui peuvent créer une forte addiction).

La dopamine n’est pas en relation avec le plaisir, mais plutôt l’attente du plaisir, c’est à dire la poursuite du bonheur plutôt que le bonheur en lui-même.

Robert Sapolsky – professeur de biologie et de neurologie à l’université de Stanford (USA)

Ce principe de « récompense aléatoire » est très bien compris et exploité par les designers de nos réseaux sociaux préférés, et c’est pour ça qu’ils ont autant d’impact sur nous.

Quand on y pense, on ne trouve pas forcément de contenu intéressant dès qu’on ouvre nos applications.

Par contre, si on continue de scroller (faire défiler la page), peut-être qu’on va tomber sur une photo très drôle (les fameux mèmes), une vidéo passionnante ou une information super intéressante.

Notre expérience sur les réseaux sociaux ressemble beaucoup à ceci :

Le fait de répéter ce cycle encore et encore consolide cette habitude, et il devient extrêmement compliqué de s’en défaire.

2 – Les réseaux sociaux sabotent notre volonté

L’être humain a toujours eu un désir insatiable de nouvelles informations. À l’époque chasseur-cueilleur, il était indispensable de découvrir de nouvelles sources d’eau, abris, terrains de chasse etc. pour survivre. Ce besoin constant de nouveautés est donc ancré au plus profond de nous.

Le problème, c’est qu’à notre époque, il nous suffit de bouger le pouce pour accéder à un flux continu et illimité de nouvelles informations. On se retrouve donc à passer 20 minutes à scroller sur Instagram, alors qu’à la base, on voulait juste regarder l’heure sur notre smartphone.

Et le fait de constamment utiliser les réseaux sociaux de manière compulsive finit par « reprogrammer » notre cerveau : on devient beaucoup plus faciles à distraire.

Réseaux sociaux avec une notification sur l'icône facebook.
Ce petit cercle rouge crée très souvent une réaction immédiate et compulsive.

Et cela fait qu’il devient de plus en plus difficile de faire des choses que l’on perçoit comme étant moins stimulantes et qui demandent une certaine concentration pendant une longue durée : lire un roman, apprendre à jouer d’un instrument, écrire son rapport de travail etc.

Ce besoin constant d’être distrait est très néfaste à la longue, car cela sabote complètement notre volonté et notre capacité à nous engager sur des actions dont la récompense n’arrivera que sur le long terme.

3 – Le risque de fermeture d’esprit

« Oui, mais moi j’utilise les réseaux sociaux pour avoir différents points de vue ! ».

Bon, en fait, je dirais que ça dépend des sujets. Je m’explique.

Nous avons naturellement tendance à donner plus de crédit aux informations qui valident ce que l’on pense déjà. Cela s’appelle le biais de confirmation.

On est TOUS soumis à ce biais, sans exception. Surtout lorsqu’il s’agit de sujets qui définissent notre identité profonde (politique, religion, mode d’alimentation etc.).

De plus, l’être humain est social par nature. Nous avons tous le besoin primaire d’appartenir à un groupe. Et quoi de plus simple que de créer/rejoindre des communautés sur les réseaux sociaux ?

Ces derniers décuplent le phénomène de biais de confirmation, pour 2 raisons principales :

  1. Il est extrêmement facile d’y trouver du contenu bien construit et bien argumenté qui va dans notre sens, quel que soit le sujet en question.
  2. Les algorithmes de ces applications identifient nos habitudes et nous proposent toujours le même type de contenu (les fameuses suggestions).
Plusieurs personnes générant des réactions (j'aime, j'adore etc...) sur les réseaux sociaux (ici Facebook).
Les applications de réseaux sociaux nous proposent généralement du contenu qu’ils estiment plaisant pour nous.

La conséquence de tout ça est que plus nous passons du temps sur les réseaux sociaux, moins nous sommes ouverts sur certains sujets, contrairement à ce que l’on pourrait croire de prime abord.

Ils peuvent tout aussi bien nous ouvrir l’esprit que nous enfermer dans nos convictions.

L’un des nombreux impacts des réseaux sociaux est qu’ils peuvent nous faire perdre toute objectivité si on accorde plus d’importance à l’approbation d’un « groupe » et/ou à un certain nombre de « Like », plutôt qu’à la vérité.

B – Les réseaux sociaux dans le monde du fitness

Comme je l’ai écrit plus haut, les réseaux sociaux sont pour moi une formidable source de connaissances et d’inspiration, pour tout ce qui à trait à la musculation et au fitness en général, et je pense que beaucoup de pages ou chaînes Youtube ont un impact plutôt positif dans l’ensemble.

Cependant, on y trouve de tout et n’importe quoi. Et dans le « n’importe quoi », il y a de quoi faire.

J’ai déjà expliqué dans mon article Comment se motiver à faire du sport qu’il ne fallait pas se comparer à aux athlètes professionnels car, contrairement à nous, leur environnement était optimisé pour qu’ils soient le plus performant possible.

Mais parlons cette fois-ci de ces fitness models qui nous vendent du rêve H24.

1 – Les rois du marketing

On voit se multiplier les programmes et les diètes pour « perdre du poids rapidement » ou « se muscler en quelques semaines ». Les marketeurs ont bien compris que beaucoup de gens veulent un maximum de résultats avec un minimum d’efforts.

Et bien sûr, les influenceurs fitness l’ont bien compris également. Ils(elles) utilisent donc leurs physiques très esthétiques pour mettre en avant des « programmes d’entraînement » complètement fumeux, qui promettent monts et merveilles, limite sans bouger de son canapé.

D’autres, même si ils proposent un contenu intéressant, vendent de nombreux produits dont la majorité des pratiquant(e)s de musculation n’ont pas réellement besoin.

La plupart des musculeux connaissent les célébrités du fitness, comme Simeon Panda (presque 7 millions d’abonnés sur Instagram).

Voici une de ses plus récentes publications.

Simeon Panda, faisant de la publicité sur Instagram (un des réseaux sociaux les plus fréquentés).
Simeon Panda, faisant la promotion de produits qui aident à « brûler le gras » et « rester sec« .

Selon vous, que se passe-t-il dans la tête d’un fan qui manque de recul ou de connaissances en musculation, lorsqu’il tombe sur une photo de ce genre ? « La question est vite répondue 🙂  » .

Il y a de grandes chances qu’il sorte sa carte bleue sans réfléchir.

Le fait que des athlètes d’un tel niveau mettent ces produits en avant comme étant LA solution pour leur ressembler est purement marketing.

Parce que certains d’entre eux, recourent à des moyens un peu moins… naturels.

2 – Le dopage : un sujet tabou

Quand je parle de dopage, il s’agit bien évidemment de produits comme les stéroïdes anabolisants et autres hormones de croissance.

Pour rappel, ça n’a AUCUN RAPPORT avec les compléments alimentaires.

Je ne le répéterai jamais assez : les protéines en poudre ne font pas de miracle !

Si dans votre journée, vous arrivez à consommer via tous vos repas (œufs, poissons, viandes, légumineuses etc.) la quantité de protéines qu’il vous faut, vous n’avez pas besoin de protéines en poudre ! Pour plus de détails, vous pouvez référer à cet article : Protéines en poudre : indispensables ?

Gardez à l’esprit que, contrairement aux compléments alimentaires, les produits dopants sont généralement illégaux.

Un athlète se faisant une injection de testostérone.
Le dopage est beaucoup plus répandu qu’on ne le croit chez les influenceurs fitness.

Personnellement, je n’ai absolument rien contre les personnes qui prennent des produits dopants. Chacun fait ce qu’il veut, et nous ne sommes personnes pour juger.

Par contre, j’ai un peu de mal avec celles et ceux qui mentent comme des arracheurs de dents en se proclamant « naturels », parce que cela peut avoir des conséquences dévastatrices sur les plus jeunes, qui les prennent comme modèles.

Quelqu’un comme Simeon Panda par exemple, même si il clame haut et fort qu’il est naturel, est très probablement dopé. Désolé si c’est votre idole, mais il faut dire les choses clairement.

Comme beaucoup, lorsque j’ai commencé la musculation, atteindre son physique était mon objectif. Je m’entraînais jusqu’à l’épuisement complet, avec des charges bien trop lourdes pour moi. J’ai compris au bout d’un certain temps que ce n’était pas possible sans certaines « aides ».

Heureusement, je m’en suis sorti sans blessures majeures. Mais ce n’est probablement pas le cas de tout le monde.

Je tiens cependant à préciser quelques points :

  1. Ce n’est pas parce qu’une personne est dopée que tout ce qu’elle dit est à jeter à la poubelle. Ces athlètes peuvent, malgré tout, proposer du contenu très pertinent (exécution des exercices, recettes, mindset etc.).
  2. Même si une personne est « très musclée » par rapport à votre référentiel, cela ne veut pas nécessairement dire qu’elle est dopée. Beaucoup d’autres facteurs sont à prendre en compte (qualité de l’entraînement, régularité, alimentation, génétique etc.).

3 – Fit girls : la folie des fessiers

Vous vous doutez certainement que sur les plus belles photos Instagram, les modèles (hommes comme femmes) sont présentés sous leur meilleur jour (congestion, posing, éclairage idéal etc…). En plus de cela, certaines photos sont légèrement retouchées.

Faisons un focus sur les femmes : il y a une véritable explosion des influenceuses qui se sont construit une notoriété en mettant en avant leurs fessiers.

Des influenceuses très connues qui exhibent leurs fesses sur les réseaux sociaux, notamment Instagram.
Les influenceuses @bribaebee et @melgfit

L’impact qu’ont ce type de photos chez les femmes qui passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, est énorme.

Cela n’a rien de surprenant. De très nombreuses femmes ont pour objectif d’afficher une taille fine et des fessiers très développés. Les programmes « abdos-fessiers » font donc fureur chez la gente féminine.

Il y a cependant certains éléments à prendre en compte.

  1. La chirurgie esthétique : oui, beaucoup de fit girls ont recours à la chirurgie esthétique (injection de graisse dans les fesses, prothèses etc.). Bien évidemment, l’immense majorité d’entre elles se garderont bien de vous le dire.
  2. Un posing extrêmement soigné: poser pour prendre la meilleure photo possible est limite un art. En jouant sur les angles, on peut facilement créer une illusion d’optique et donner une impression de fesses sont bien plus grosses qu’elles ne le sont en réalité.

Entendons-nous bien. Il est tout à fait possible de développer ses fessiers via la musculation.

Mais sachez qu’il y a des influenceuses qui ont eu recours à la chirurgie esthétique, et qui se permettent de vendre des programmes « fessiers » en vous faisant croire que vous pourrez leur ressembler un jour. C’est de l’escroquerie pure et simple.

Surtout que bien souvent, ces programmes sont créés par d’autres coachs sportifs, et elles ne les suivent même pas elles-mêmes.

Cependant, il y en a qui sont plutôt honnêtes et qui prodiguent des conseils de qualité, MAIS qui ont une morphologie/anatomie/génétique avantageuse par rapport à d’autres femmes (e.g. cambrure très prononcée, fesses naturellement proéminentes etc.).

Même si leur programme est bien fait, une femme lambda n’aura probablement pas les mêmes résultats en le suivant, même si il y aura vraisemblablement du progrès au bout de quelques mois.

Et n’oubliez pas qu’il n’existe pas d’exercice ultime. Certaines personnes vont tout prendre dans les cuisses en faisant du squat. Et d’autres dans les fesses. Soyez donc à l’écoute de votre corps et de vos sensations, et ne suivez pas aveuglément le programme d’une fit girl « parce qu’elle est trop bonne ».

Par ailleurs, toute promesse du type « Doubler ses fesses en 2 semaines ! » est une connerie. Point.

C – Conclusion

Loin de moi l’idée de dire qu’il ne faut plus jamais aller sur les réseaux sociaux. Quoiqu’on en dise, ils ont une certaine utilité et je les utilise moi-même régulièrement.

Par contre, ils peuvent se révéler problématiques à bien des égards.

La plupart des applications sont conçues pour qu’on y passe le plus de temps possible. On peut facilement devenir accro à son smartphone, en le scrutant toutes les 5 minutes à l’affût de la moindre nouveauté. Et sur le long terme, cela peut ruiner notre capacité de concentration, et donc notre productivité.

Pour tout ce qui se rapporte spécifiquement au fitness, faites preuve de prudence.

Auparavant, on prenait comme référence la personne la plus fit de sa salle de sport ou de son entourage proche. Aujourd’hui, avec internet, nous sommes en compétition permanente avec les « fit boys » et les « fit girls » de la Terre entière.

Au mieux, les influenceurs et influenceuses peuvent nous vendre certains produits ou programmes complètement inefficaces. Mais ça peut aller plus loin que ça.

Il n’est pas rare que des personnes, après avoir acheté tous les produits de leur idole, suivi leur programme à la lettre et n’ayant pas obtenu les résultats escomptés se remettent en question et se disent « ce n’est pas fait pour moi » (ce qui conduit à l’abandon) ou « je ne m’entraîne pas assez dur » (ce qui peut conduire à des blessures plus ou moins graves).

Alors que le problème à la base ne vient clairement pas d’elles.

Je vous invite donc à faire preuve de discernement et à ne mettre personne sur un piédestal.

Utilisez donc les réseaux sociaux de manière consciente, pour éviter que ce ne soit eux qui vous utilisent. Et gardez toujours une distance critique par rapport au contenu qui vous est proposé.

Merci d’avoir lu cet article !

À bientôt sur le blog !

Livres pour en savoir plus :
Nir Eyal – Hooked : comment créer un produit ou un service qui ancre des habitudes
Nicholas Carr – Internet rend-il bête ? 

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