L’autodiscipline est un super-pouvoir

Lorsqu’on veut réaliser une tâche difficile, il y a généralement 2 façons de procéder :

  1. Chercher la motivation pour réaliser cette tâche. C’est la méthode la plus intuitive.
  2. Accomplir cette tâche via l’autodiscipline. Cette façon de faire est un peu plus difficile à appréhender. Elle est pourtant la plus efficace sur le long terme.

Différences entre autodiscipline et motivation

Définition de ces 2 termes

Le mot « motivation » vient du latin « movere » qui signifie « être en mouvement ». La motivation est l’ensemble des choses qui donnent l’impulsion nécessaire pour réaliser certaines actions. Elle implique donc qu’on soit dans un état mental et/ou émotionnel particulier pour agir.

L’autodiscipline est un ensemble de règles que l’on s’applique à soi-même. Ces règles nous poussent à accomplir des choses, quelque soit les circonstances (par exemple, se lever tous les matins pour aller travailler).

Être motivé revient donc à faire les choses quand on en a envie. Avoir de l’autodiscipline, c’est faire les choses, qu’on en ait envie ou pas.

La motivation peut venir de différentes sources : musique, mangas, films, livres, journée ensoleillée, encouragements de nos proches etc… Toutes ces sources ont le même « problème ». Elles sont externes.

En quoi c’est un problème ?

Si vous n’êtes motivé(e) pour aller courir que lorsqu’il fait beau, il y a des chances que sur l’année, votre progression en course à pied soit très faible, voire nulle.

Par contre, le choix d’aller courir, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, vous appartient totalement.

Femme courant sous la pluie.
Autodiscipline : accomplir une tâche, même lorsque les conditions ne sont pas idéales.

Autre exemple. Au moment de sortir pour aller à la salle de sport, vous vous rendez compte que votre téléphone n’a plus de batterie (tout en sachant qu’en général, la playlist de votre salle vous insupporte au plus haut point) ?

Si vous êtes dépendant de certaines musiques pour vous entraîner, vous risquez tout simplement de ne pas le faire ce jour-là.

L’autodiscipline vient de l’intérieur : nous avons le pouvoir de décider d’agir, quelque que soit les circonstances.

Comment cultiver l’autodiscipline ?

Comme évoqué dans l’article Comment rester régulier en musculation ?, il est important de mettre en place de nouvelles habitudes, mais de ne pas essayer de tout changer d’un coup.

Votre cerveau rejettera tout changement trop brutal, surtout lorsqu’il s’agit d’habitudes que vous avez accumulé depuis des années.

Comment se crée une habitude ?

Le cerveau est constitué d’à peu près 40% de matière grise et 60% de matière blanche. La matière blanche est composée de fibres nerveuses (ou axones) qui sont le prolongement des neurones. Les neurones sont protégés par des gaines de myéline.

La myéline est précisément l’un des facteurs qui fait qu’on « s’améliore » sur des tâches précises. Lorsqu’on réalise une tâche, des couches de myéline vont se former autour des fibres nerveuses qui sont impliquées dans cette tâche. Du coup, plus vous pratiquerez, plus il y aura de couches de myéline qui se formeront.

Plus il y a de myéline autour d’une fibre nerveuse, plus l’influx nerveux s’y propage rapidement.

Formation de la gaine de myéline autour de la fibre nerveuse. Plus il y a de myéline, plus il y a de chances que cela devienne une habitude. Vue longitudinale et coupe transversale.
Illustration de l’anatomie du neurone et formation de la gaine de myéline autour de la fibre nerveuse.

Dans une fibre nerveuse blindée de myéline, la vitesse de propagation de l’influx nerveux est jusqu’à 100 fois supérieure à celle d’une fibre nerveuse qui en est dépourvue.

C’est comme ça qu’on devient plus compétent, qu’il s’agisse de conduire, apprendre à jouer d’un instrument de musique etc… À force de pratique, ces actions nécessitent de moins en moins de concentration pour être effectuées.

Imaginez donc la quantité de myéline associée au jeu d’échecs dans le cerveau des soeurs Polgar 🙂 .

L’écrivain américain Daniel Coyle explique également dans son livre The Talent Code (2009) que beaucoup des personnes qu’on pense « talentueuses » sont juste extrêmement assidues.

En bref, c’est en forgeant qu’on devient forgeron !

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle

La bonne nouvelle, c’est qu’on ne peut que progresser lorsqu’on fait preuve de persévérance.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’on peut « exceller » dans tout et n’importe quoi. Y compris dans des choses qui sont au final nocives pour nous.

On s’est tous déjà retrouvé à scroller sur Facebook sans même nous en rendre compte. Dès qu’on ressent de l’ennui par exemple, on réalise machinalement la routine suivante :

  • Sortir son téléphone de sa poche
  • Le déverrouiller
  • Ouvrir Facebook
  • Checker ses notifications

À force de répéter cette action, on est capable de la faire de plus en plus efficacement. Vu la perte de temps importante que cela peut engendrer, exceller dans ce domaine n’est pas la meilleure chose à faire.

Une habitude requiert un élément déclencheur (stimulus)

Vous devez être conscient de l’élément qui déclenche certains comportements. Les éléments déclencheurs peuvent être un endroit, un moment de la journée, un sentiment, une action qu’on vient d’effectuer etc…

Dans l’exemple ci-dessus, le stimulus pour ouvrir Facebook est le sentiment d’ennui.

Prenons le cas des fumeurs comme autre exemple. Pour beaucoup de fumeurs, finir son repas déclenche l’action de fumer. Pour d’autres, cette action peut être stimulée par l’odeur du café.

Afin de changer vos habitudes, vous pouvez jouer soit sur les stimuli eux-mêmes (comme éviter de passer devant le McDo lorsque vous rentrez du travail, complètement affamé(e)), soit sur les routines qu’engendrent ces stimuli.

Quelques exemples personnels

Je vais vous donner un exemple me concernant : je sais depuis des années que les étirements en musculation sont super importants. Pourtant, j’avais toujours beaucoup de mal à être régulier là-dessus.

J’ai donc décidé d’exploiter une de mes habitudes : lorsque je mange chez moi, je mate un épisode d’une série (qui dure en moyenne 40 minutes). J’ai cette habitude depuis de nombreuses années.

Je mange généralement en 15 minutes. Avant, j’allais m’asseoir dans mon canapé pour les 25 minutes restantes de l’épisode. Petit à petit, j’ai développé l’habitude de m’étirer pendant ces 25 minutes au lieu de simplement rester assis sur mon canapé.

Si bien qu’aujourd’hui, à chaque fois que je vois le logo de Netflix (quand je suis chez moi), je pense à m’étirer. C’est devenu complètement automatique. Alors qu’auparavant, lancer une série déclenchait surtout chez moi l’envie de grignoter.

Que provoque chez vous la vision de ce logo ?
PS : Je sais que vous avez entendu « Toudoum ! » dans votre tête en voyant l’image.

Par ailleurs, préparer mon sac de sport le soir est déclenché par le fait de me brosser les dents avant d’aller dormir. Ça m’arrive d’ailleurs, de temps en temps, de machinalement préparer mon sac, puis de me rappeler qu’en fait, le lendemain est mon jour de repos.

Bon… Malgré tout, je n’ai jamais réussi à arrêter de me ronger les ongles quand je suis anxieux… Mais j’y travaille 🙂 !

Voici donc quelques façons parmi tant d’autres de « reprogrammer » son cerveau.

Gardez à l’esprit que ces nouvelles habitudes ne se développeront pas du jour au lendemain. Faîtes preuve de patience, et mettez un point d’honneur à y travailler tous les jours. Au bout de quelques mois, vous verrez un changement radical.

La motivation n’est pas inutile

Loin de moi l’idée de dire que la motivation ne sert à rien ou est une mauvaise chose. Je pense juste que vouloir à tout prix être motivé avant de faire quelque chose n’est pas une bonne pratique.

Tout simplement parce qu’il est impossible d’être motivé tous les jours. La motivation est très liée à nos émotions. Et nos émotions varient énormément. De plus, c’est quelque chose doit être constamment renouvelé.

Oui, vous allez certainement avoir un pic de motivation pour vous entraîner, juste après avoir vu Creed 2 par exemple :

Entraînement d’Adonis Creed et de Viktor Drago pour leur combat final dans Creed 2 (2015).

Mais ne compter que sur ce genre de stimulus pour être régulier dans votre entraînement ne vous mènera probablement pas très loin. Après quelques semaines ou mois, l’impact que le film aura eu sur vous va graduellement se réduire.

Des vidéos comme celle-ci vont certainement rendre votre séance de sport plus agréable. Et c’est important de prendre un minimum de plaisir à l’entraînement.

Par contre, sur le long terme, elles ne suffiront pas à vous faire bouger de votre canapé, lorsque vous êtes confortablement installé(e) devant une bonne série, alors qu’il caille dehors.

Conclusion

La personne qui se lève à 5h du matin tous les jours pour aller s’entraîner n’est pas nécessairement plus « motivée » que celle qui passe sa journée dans son lit à traîner sur les réseaux sociaux.

C’est juste qu’avec les années, ils ont configuré différemment les circuits neuronaux de leurs cerveaux, et ont donc des perceptions très différentes de la pénibilité d’un entraînement matinal régulier.

Chercher absolument à vous motiver, surtout via des facteurs externes, ne vous aidera pas à être assidu.

Choisissez consciemment les circuits neuronaux que vous voulez renforcer, via l’autodiscipline. Lorsque vous verrez vos premiers progrès, cela vous donnera la motivation pour continuer votre routine.

Et dès que vous deviendrez votre propre source de motivation, vous entrerez dans le meilleur des cercles vertueux !

Pour en savoir plus :

  • Le pouvoir des habitudes (2012) – Charles Duhigg
  • The Talent Code (2009) – Daniel Coyle
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